AravisTrail (67km, 4700m+)

AravisTrail (67km, 4700m+)

J-1, je suis content de partir avec notre groupe, que nous avons baptisé la « Team Aravis » pour un week end, mais j’ai de gros doute sur ma forme et sur le déroulement de la course à cause d’un rhume et de maux de tête qui m’ennuient depuis 4 jours. Je suis déjà un peu entamé avant le départ, prévu à 4h00 demain matin. L’ambiance est détendue, nous sommes 10 à prendre la route avec Claire qui nous accompagne malgré une entorse. Pierre (25km, également blessé) et Aziz (44km) nous rejoignent directement à Thônes.

 

Jour J, 2h45, je suis réveillé par le bruit de la chambre voisine, je décide de me lever avant le réveil. Je suis excité mais j’ai encore une petite appréhension par rapport à ma forme. Petit déjeuner avec 3 membres du groupe, Thierry, Vania et Caro. C’est leur première expérience sur ce format. J’espère, sans leur dire, que les filles resteront dans les barrières horaires jusqu’au bout de l’aventure. Le gîte se situe à côté du départ, nous y sommes rapidement après un contrôle rapide des sacs et un débriefing sur le caractère dangereux ou technique de certaines parties du parcours.

 


4h00, ça part très très vite, je décide de laisser Thierry mais de ne pas suivre l’allure devant. Nous nous faisons rapidement distancer par le groupe de tête et je me retrouve seul avec ma frontale après 4km de course, je pense être largement dans les 30 premiers coureurs. Au premier ravitaillement (6.9km), nous avons déjà fait 532m+, les jambes suivent mais je sens que la journée va être difficile, j’ai du mal à me réveiller et je sens le cardio monter trop fortement malgré une allure modérée. Je commence également à avoir faim, je prends une barre entière et Je décide de déplier mes bâtons car la pente est trop raide.

 

Rien ne se passe comme prévu : je réduis encore l’allure dans la montée vers la Tournette (2314m / km 12.4). Plusieurs coureurs me doublent en me demandant si je vais bien. J’ai la tête qui tourne et des maux de tête. Je m’arrête avant le sommet pris de violents vomissements, je frôle le malaise…Purée…la journée va être longue, très longue…Je me dis que la descente va ma requinquer, nous l’avons bossé à l’entrainement, mais Je ne m’attendais pas à une descente aussi technique (boue, pierriers…) et surtout pas à une telle fatigue alors que j’ai encore 54km à faire. Je n’arrive pas à courir, je me sens épuisé. Je fais des micros pauses en laissant passer quelques coureurs supplémentaires. Le prochain ravitaillement est en bas de la descente 8km plus bas. Je me tâte déjà à abandonner, je ne me sens vraiment pas bien, le décor est magnifique mais je n’en profite plus, j’ai envie de dormir et mon rhume m’embête vraiment.
Km 21.3, Je m’arrête pour remplir mes flasques, j’essaie d’avaler quelques fruits secs et décide de m’arrêter un bon moment. Je suis de toute façon en retard sur mon planning, j’ai des doutes sur mes capacités à continuer dans cet état-là, je n’arrive plus à courir même si j’arrive à m’hydrater. Je pense à Thierry et surtout aux filles qui doivent en baver aussi sur ce début de parcours difficile. Je n’ai pas le droit de m’arrêter, même si je dois encore beaucoup ralentir pour cela, ou me reposer pour attendre mes camarades. Thierry ne doit pas être très loin d’ailleurs. Je décide tout de même de reprendre la route vers le col du marais puis la 2ème montée. J’éprouve quelques difficultés à bien avancer et au sommet (km 28), je décide de m’arrêter auprès de bénévoles bien sympa mais un peu apeuré par ma tête du moment. On me propose une couverture (merci les ânes !) pour m’allonger devant le magnifique panorama qui s’offre à nous. J’en profite sans rechigner en discutant un moment avec eux. Je leur annonce que je vais me reposer, manger un peu en attendant Thierry, pour me requinquer. Je fini par voir arriver la première féminine puis Fabrice, un des 2 gars avec qui le groupe partageait la chambre dans le gîte puis peu de temps après Thierry surpris de me voir ici assis à l’attendre.
Je reprends le chemin derrière lui, bien décidé à l’accompagner jusqu’au bout et à oublier le chrono. Je vais juste profiter de la montagne et essayer de m’accrocher derrière Thierry en le boostant en cas de défaillance de son côté. Nous attaquons une petite descente bien boueuse dans laquelle nous croisons le groupe de tête du 25km, puis nous remontons vers le Col des Porthets à 2079m. Thierry semble être en permanence dans le rouge mais il a une allure qui me convient, très régulière, j’en profite pour bien gérer mon hydratation, je commence à me sentir beaucoup mieux et à prendre du plaisir.
Km 33, nous approchons du ravitaillement des Fontanettes et croisons la route de Claire venue en voiture nous encourager. Nous profitons de sa compagnie 5min, elle m’aide gentiment à remplir mes flasques et je lui explique mes déboires en la rassurant sur le fait que je veux finir ma course avec Thierry. Elle décide donc de venir nous voir au dernier ravitaillement pour nous encourager à nouveau avant la dernière partie et nous prendre en photos.
La montée vers le Col des Porthets est également éprouvante mais je me sens de mieux en mieux malgré des maux de têtes persistants. Nous discutons et plaisantons parfois avec les bénévoles savoyards que nous croisons bien sympathiques et prévenants et je me permets quelques poses photos au Lac Charvin, ce qui a bien fait rire les randonneurs présents. La descente vers la scierie s’avère également terrible avec une partie bien caillouteuse et trempée, nous glissons sans arrêt. Thierry commence à fatiguer et son genou gauche devient vraiment douloureux, je pense à une tendinite mais il m’annonce qu’il s’est fait mal en tombant dans la 1ère descente. La douleur devient si vive qu’elle arrête sa progression parfois d’un seul coup. Nous ralentissons, j’essaie de rester le plus possible derrière lui pour ne pas trop le fatiguer. Il sera peut être possible de demander un strap au prochain ravitaillement. Je vois bien que Thierry sers les dents et je crains pour lui, intérieurement, la fin de parcours avec 8km de descente assez brute.
Il m’annonce qu’il veut jeter l’éponge, il est épuisé et a vraiment très mal. Il nous faut de toute façon rejoindre le ravitaillement. J’essaie de le rassurer pour sa fatigue mais comme Thierry est un costaud, je lui demande d’écouter sa douleur pour éviter une complication… il reste 17km derrière.
Km 51, nous retrouvons Claire qui nous accompagne jusqu’au parking de la croix Fry. Elle m’aide à gérer mon ravitaillement confortablement sans que je lui demande, et propose à Thierry de le ramener. Un autre coureur abandonnera également profitant de la voiture. J’hésite aussi, la fin de course n’aura pas la même saveur sans Thierry après plusieurs heures de courses ensemble… mais Claire réussit rapidement à me relancer et Fabrice que nous avions rattrapé me demande de l’accompagner pour ce dernier tronçon. Je décide de repartir en marchant pour faciliter ma digestion après ce copieux ravitaillement puis nous nous mettons à courir le plus souvent possible. Notre allure devient de plus en plus rapide notamment après les Corbassières, dernier pointage pour la barrière horaire (55km). Je range mes bâtons et nous nous mettons inconsciemment à prendre des relais dans la dernière descente. Fabrice me dit que nous ne serons pas très loin des 12h de courses à l’arrivée avec une première partie avalée rapidement. Nous rattrapons sur cette portion quelques coureurs. Mais celle-ci devient éprouvante pour la cheville douloureuse de Fabrice qui s’est fait une entorse après la Tournette. Je l’attends un peu pour passer l’arrivée avec lui, il réussira à relancer la machine sur la dernière petite portion de plat puis nous passons l’arrivée en 12h12’50 main dans la main.
Ce trail a été long, je ne m’attendais pas à une course aussi technique, c’est un trail vraiment éprouvant notamment pour les articulations mais le paysage à lui seul mérite ces difficultés.
Je suis un peu déçu de ce classement (64ème/129 arrivants) mais avec cette crève je relativise en me disant que ce n’est pas si mal à 1h de mon temps souhaité. J’ai réussi à ne pas m’entêter à suivre une allure que je ne pouvais pas tenir aujourd’hui et je suis capable maintenant de repartir après une petite pause avec un autre objectif tout aussi gratifiant. Maintenant place au repas d’après course en attendant les filles qui arriveront main dans la main 4h plus tard en se battant avec la dernière barrière horaire.

 

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2 commentaires sur “AravisTrail (67km, 4700m+)”

  1. Super ton récit Loïc ! « Rassurée » de voir que même toi et Thierry en aviez autant chié devant !!! Toi aussi tu parles de ces maudites descentes glissantes ! Bravo pour avoir été jusqu’à l’arrivée, ce n’était pas gagné vu ton état… tu n’as pas mis la photo prise la veille où tu plongeais la tête dans le bol à fumigation 😉
    Bonne chance pour ta prochaine échéance !

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