Infernal Trail des Vosges (163km, 7300mD+)

Pourquoi cet ultra improvisé ?

Chamonix, 28 aout 2015, 18h00, nous sommes un peu plus de 2000 à attendre le départ de l’UTMB au son de Vangelis-1492, avec pour certains, une petite larme à l’œil après tant de week-ends sacrifiés, à s’entrainer. Ce fut une attente interminable pour avoir les précieux points donnant droit au tirage au sort pour pouvoir s’inscrire ! Pourtant cet UTMB 2015 sera pour ma part à oublier.

J’ai beau passé et repassé ce film de 35km dans ma tête, je ne sais toujours pas ce qui s’est passé pour avoir eu un tel malaise entre les Contamines et La Balme. J’ai eu une très grosse envie de dormir, plus de force pour avancer, des vomissements et surtout très froid même après avoir mis sur moi tout ce que j’avais dans le sac….Probablement une insolation ou un coup de chaud dans l’après-midi majorée par la fatigue de l’entrainement.
Bref… « UTMB raté, UTMB oublié ! » …sauf que ce n’est pas tout à fait vrai…je suis tellement déçu pour moi et les personnes qui m’ont accompagné, déçu de ne pas avoir profité de l’entrainement rando course accumulé pendant l’été.

Du coup, sur un coup de tête, en regardant les ultras possibles pour regagner des points et pouvoir retenter la grande boucle, je tombe sur l’Infernal Trail des Vosges à St Nabord, qui se déroule 15 jours après l’UTMB. Je ne connais pas du tout la région, ce sera une découverte. En regardant le profil, je me dis qu’il correspond plus à mes lieux d’entrainements et mes capacités de relance. Après l’inscription, j’ai 10 jours pour me requinquer…

Je décide de partir le vendredi 11 septembre après-midi, pour un départ donné à minuit. J’ai le temps… Je prépare la Clio en mode Camping Car avec une couchette improvisée pour pouvoir me reposer avant le départ et surtout pouvoir dormir avant de reprendre la route dimanche soir car cette fois ci je suis seul. Je m’imagine dormir une bonne partie de la journée de dimanche.

(Crédit : Claude Noel)

(Crédit : Claude Noel)

00h00, Saint Nabord
Le départ est donné en musique à la lueur de nos frontales, avec un feu d’artifice et les lettres « INFERNAL » qui s’enflamment. Je décide de partir moins rapidement qu’à L’UTMB en m’économisant le plus possible mais je double quand même un paquet de coureurs. Je décide rapidement de déplier mes bâtons car même si les montées sont assez courtes, elles en restent néanmoins assez raides. Je me mets en têtes que je vais passer 2 nuits dehors et qu’il faut que je prenne le maximum de plaisir sans trop souffrir. Je suis maintenant là pour terminer un 100miles, pas pour le classement ou le chrono… je verrai cela plus tard avec l’expérience.

(crédit : photossports.com)

(crédit : photossports.com)

(crédit : Stéphane Hairaye)

(crédit : Stéphane Hairaye)

Croisette km 22, 2h52. 1er ravitaillement.
Je me sens super bien mais je me méfie de ses sensations avec ce qui m’est arrivé à l’UTMB. Il va être difficile d’avoir un coup de chaud par contre, je suis en T-shirt mais le temps est frais et humide. Je pars du ravitaillement en 25ième position. Je vais perdre par la suite mon binôme du moment et une bonne 10aine de places suite à quelques soucis digestifs inhabituels. Je ne remercierai jamais assez d’ailleurs les chênes et hêtres de la forêt Vosgiennes pour leur aide précieuse en cette première partie de parcours !

Reherrey km 35, 4h51. 2ième ravitaillement.
Je baisse encore mon rythme de course car je ressens par moment une grosse fatigue. La forêt de nuit est magnifique, nous manquons d’écraser de jolies grenouilles et salamandres.
Je rattrape sur cette partie un coureur, Icham, avec qui je discute, ce qui me maintient éveillé et me fait oublier un moment les nausées qui commence à arriver et à m’agacer car j’ai pourtant l’impression de ne pas avancer. Icham a fini 7ième du 72km en 2014, je décide de m’accrocher.

Chêvre Roche (crédit : photossports.com)

Chêvre Roche (crédit : photossports.com)

Cascade la Pissoire (crédit : photossports.com)

Cascade la Pissoire (crédit : photossports.com)

Haut de Tot km 52, 8h23. 
Nous rejoignons le 3ième ravitaillement de jour, dans une ambiance traditionnelle Vosgienne, les bénévoles sont « déguisés » pour l’occasion. Je n’ai plus de nausées et j’ai faim, je prends le temps avec Icham de me ravitailler, il m’a bien aidé à passer cette fin de nuit difficile. Nous nous attendons sans nous concerter. J’en profite pour me moquer gentiment de Quentin, un coureur belge un peu pâle avec une assistance digne d’un professionnel. Il accuse le coup après quelques problèmes de vomissements. J’essaie de lui remonter le moral en lui disant que pour ma part ces soucis étaient passés en ralentissant fortement et que mes 2 bols de soupe vont sûrement m’aider par la suite. Je prends le temps de discuter de la nuit passée avec une partie de sa famille. Nous repartons avec Icham et Quentin nous rattrape peu de temps après. Nous décidons d’aller jusqu’à la base de vie ensemble. Notre Trio ne se quittera plus jusqu’à la fin. Cette portion est assez cassante avec des petits ruisseaux, des pierriers à traverser mais je suis à l’aise avec mes nouveaux compères.

Infernal Trail des Vosges (163km, 7300mD+)

Saulsxures km 87, 14h49. 1ère base de vie.
Les bénévoles sont très aidants et la famille de Quentin présente à tous les ravitaillements est aux petits soins avec nous. Elle nous ramène de la soupe, des pâtes, elle nous remplit nos flasques et poches à eau… Toutes ces personnes sont d’une gentillesse et d’un réconfort incroyable dans cette épreuve. J’ai faim, je sors un mini sandwich jambon/fromage de mon sac d’allègement que j’avale goulument avec un bol de soupe suivi d’une assiette de pâte. Finalement, ces vrais petits repas salés m’aide à avancer et ne plus avoir de soucis digestifs.
Nous sommes à un peu plus de la moitié de la course et Il est encore possible d’arriver le dimanche matin avant 9h malgré notre allure.
C’est à partir de là, de souvenir, qu’Icham commence à avoir une grosse douleur à un quadriceps, l’handicapant pour courir, même à petite foulée. Nous décidons tous les 3 de marcher le plus possible et de rester ensemble, ce que nous allons quasiment faire jusqu’à la fin, perdant énormément de place et de temps mais évitant probablement pour Icham un abandon. Et puis la compagnie d’Icham m’a bien aidé la première nuit. Même si j’ai les jambes maintenant, cela me permet de profiter de la nature, de laisser vagabonder mon imagination et je me dis que je vais peut être aller au bout de l’aventure plus facilement et récupérer plus rapidement dans les semaines à venir. Je veux finir ce 100miles !

Nous regardons par moment le profil que j’avais imprimé pour nous motiver mais je peste un peu car il ne nous sert à rien, trop condensé, il y a trop de montées et de descentes pour bien visualiser le dénivelé. Après tout…au feeling, c’est bien aussi et le plus dure semble fait.

Rupt km 101, 18h47. 2ième base de vie.
Il y a plus de bénévoles que de coureurs et avec la famille de Quentin, tout est géré, et heureusement car le mode zombie est enclenché pour notre trio. Nous nous asseyons à table et les assiettes de pâtes, les soupes viennent à nous, toutes seules !. J’en profite pour faire une petite sieste de 5’-10’ le front posé sur la table, je m’endors directement, petite sieste réparatrice, je suis remonté à bloc…enfin presque.
Nous repartons pour une 2ième nuit, je suis un peu inquiet pour Icham qui ne veut pas voir le médecin ou les kinés, je sens son état de forme baissé au fur et à mesure de notre périple et je ne le vois pas beaucoup manger ou boire malgré mes conseils.

Croisette km 115, 22h49. 8ième ravitaillement.
4h pour faire une 15aine de km, la nuit va être longue à ce rythme ! Les ombres avec la lumière de nos frontales commencent à me jouer des tours. Je sais que les salamandres sont bien réelles, mais je commence à voir des choses bizarres.
J’essaie de prendre la tête de notre trio le plus possible en motivant les gars car nous n’avançons pas très vite, surtout Icham. Je pense que mon état de forme est le meilleur à ce moment-là, malgré la fatigue, mais je commence à être lassé de marcher et j’ai mal aux pieds et au dos.
Je n’ai plus envie de discuter, je veux juste avancer….avancer plus vite surtout….
Je file mes bâtons pour le reste de la course à Icham pour l’aider à suivre le rythme et ne pas aggraver sa blessure. Je veux finir ce 100miles ! et si possible avec mes 2 compagnons de route.

Girmont km 128, 26h40. Dernière base de vie.
Il est 2h40, après une bonne assiette de pâtes je demande à une kiné si elle peut me masser pendant que Quentin et Icham s’octroient une petite sieste. J’en profite pour fermer les yeux. Au moment de partir…impossible de mettre un pied devant l’autre, je commence à paniquer en me disant que ça va être difficile, mais finalement les sensations reviennent vite. Je ne retenterai pas les massages en course même si la kiné a été adorable.
Nous empruntons encore des chemins à peine marqués, sous une pluie fine et par moment nous cherchons les balises en se demandant si les organisateurs ne sont pas un peu sadiques, surtout après une petite escalade pour retrouver notre chemin ou quelques passages dans les orties. C’est du sauvage, par moment ! Mais nous sommes là pour ça et j’apprécie ce terrain en réalité.
Mes compères à tour de rôle derrière moi, m’interpellent plusieurs fois car je ne marche plus droit. Je commence à voir des bouteilles de sodas sur le parcours et des marmottes. Je m’endors en marchant sans m’en rendre compte. Icham finit par m’attraper un bras pour m’éviter une chute et nous décidons rapidement de tenter une sieste sur un talus. Je m’endors directement et me réveille 10-15’ plus tard en sursaut, me demandant ce que je fais là, ce qui réveille mes compères.
Nous reprenons la route rapidement, je veux avancer plus vite mais impossible sans lâcher Icham. Quentin aussi est en assez bonne forme mais nous risquons peut-être un abandon pour celui qui nous a tiré sur la 1ère moitié. Notre vitesse de croisière décroit petit à petit et l’heure d’arrivée s’éloigne de plus en plus.

Demoiselle km 144, 33h17.
Il est 9h15, à défaut d’un petit déjeuner, ce sera sandwich maison à l’ovomaltine après une énième soupe aux vermicelles sur cet avant dernier ravitaillement ! J’ai le moral, le plus dur pour ma part est fait. Peu après le départ, nous nous autorisons une petite pause photo et nous continuons en marchant tranquillement.
Nous commençons à nous faire rattraper par de nombreux coureurs notamment ceux du 72km qui nous encouragent et nous font part de leur admiration, ce que nous ne comprenons pas avec Quentin à cause de notre faible allure. Icham nous demande alors de pas oublier que nous sommes en train de boucler plus du double en distance avec 2 nuits très humides passées dehors…Il a raison !… encore une 20aine de km et nous arriverons au bout de ce Trail Infernal, fiers d’être finishers !

Nous avons une énorme envie de courir avec Quentin mais notre blessé a beaucoup de peine à forcer l’allure. La compagne de Quentin arrive en sens inverse un peu avant le dernier ravitaillement, et accompagne Icham doucement en marchant pendant que nous nous mettons enfin à courir à bonne allure avec Quentin parmi des coureurs du 72km.

 (crédit : photossports.com)

(crédit : photossports.com)

 (crédit : photossports.com)

(crédit : photossports.com)

Pusieux km 151 36h44.
Il est 12h45, nous attendons Icham un peu frustrés car l’envie de courir jusqu’à l’arrivée nous démange. Notre leitmotiv : Nous avons fait la moitié ensemble, nous finirons ensemble !

Ici le ravitaillement du 160km et du 72km se fait séparément et nous sommes encore choyés par la famille de Quentin et les bénévoles. Je demande à ces derniers s’ils peuvent installer un autre banc pour notre compagnon bien entamé. Je m’inquiète toujours de le voir peu manger mais l’arrivée est proche. L’assistance Vosgienne fait encore des miracles.
La compagne de Quentin continue avec nous et nous essayons de remotiver Icham, peut être maladroitement, avec une arrivée estimée avant 15h30. C’est incroyable, il est dans un autre monde à serrer les dents à cause de ses douleurs mais il va finir avec nous, ses compagnons d’un week end, même si nous devenons de plus en plus pressants. Nous avons hâte de finir cet ultra usant, mais plus de doute, nous allons finir ensemble !
Nous arrivons à Saint Nabord et même la vue de la ligne d’arrivée ne force pas l’allure de notre compère qui éprouve de grandes difficultés pour entamer la dernière decente. Nous sommes encore accueillis chaleureusement même si le 1er est arrivé il y a 18h.
Arrivée, 39h25’30 au compteur, c’est fait… j’ai enfin fini mon 100miles tant redouté mais espéré.
Je reviendrai ici, ne serait ce que pour l’accueil Vosgien !
Ce fut à la fois un long voyage intérieur mais aussi de longs moments partagés avec 2 compagnons de route sympathiques, ayant la même passion du défi et de la nature. J’ai appris et remis beaucoup de chose en question sur mes capacités…encore un peu d’expérience emmagasiné !

Infernal Trail des Vosges (163km, 7300mD+)

Après une douche, un repas bien mérité et une sieste dans ma « Camping Clio », je suis réveillé par l’orage… il est temps de reprendre la route, le travail m’attend demain…

5 commentaires sur “Infernal Trail des Vosges (163km, 7300mD+)”

  1. Complètement trail, complètement dingue !
    En tout cas bravo d’avoir réussi à rebondir. 2 courses 2 expériences bien différentes et un même bonhomme !!!

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