Madeira Island Ultra Trail (85km-4475mD+)

Voici enfin mon compte rendu de l’ultra du Madeira Island Ultra Trail (85km, 4400D+) fini en 17h06 avec une certaine frustration. J’ai été cherché assez loin la motivation pour finir cette course même si j’avais annoncé que j’allais beaucoup marcher à cause d’un genou douloureux, souvenir d’une mauvaise récupération après le Trail des Tranchées. Ce 55km qui avait lieu dans la région de Verdun un mois auparavant, m’a laissé quelques traces. Le parcours dantesque avec ces nombreux pièges, ses trous, ses pentes glissantes en dévers, m’a obligé a finir en avec une douleur à la hanche gauche et j’ai eu pas mal de courbatures par la suite. Cette course a quand même été un bon souvenir avec de nouvelles connaissances (Steph, Roger, Damien) et une 5ième place au scratch. La coupure que je me suis octroyé ensuite n’a pas été suffisante et j’ai enchainé 3 jours de travail de côtes/descentes techniques la semaine suivante me provoquant une tendinite au genou gauche qui m’a obligé à stopper la course à pieds pendant 15 jours.

Souvenirs du Trail des Tranchées !
Souvenirs du Trail des Tranchées !
Souvenirs du Trail des Tranchées !

Souvenirs du Trail des Tranchées !

Le Madeira Island Ultra Trail constituait une opportunité de conjuguer un trail à l’étranger et 10 jours de vacances avec Claire d’où le choix de ne pas prendre le 110km, de longues journées de randonnées étant prévues tout de suite après.
J’arrive donc frais physiquement sur l’Ile de Madère 2 jours avant le départ de la course en compagnie de Claire, inscrite sur le 43km. Ces 2 jours sont pluvieux et venteux annonçant une course avec une météo capricieuse et un début de congés laborieux.

Madeira Island Ultra Trail (85km-4475mD+)
Madeira Island Ultra Trail (85km-4475mD+)
Madeira Island Ultra Trail (85km-4475mD+)

Claire m’emmene le jour J sur le lieu de départ des navettes prévues à 5h00 à Machico. Nous n’avons pas le même horaire de départ mais nous avons préféré logé sur Camara de Lobos pour nos prochaines sorties. Elle s’est donc programmée un petit déjeuner et une bonne sieste dans la voiture de location avant son propre départ en bus à 8h30. Une vraie guerrière, d’autant plus qu’elle a du s’entrainer en moyenne 2 fois par semaine en guise de préparation !

J’arrive avec le premier bus à Sao Vicente bien avant l’heure du départ de l’Ultra prévu à 7h00. Je fais la connaissance de 2 coureurs triathlète de Draveil et j’entame une petite sieste dans un débarras du gymnase sur des tapis en mousse.
J’ai du mal à trouver le sommeil, empli d’un mélange d’excitation et de doutes à pouvoir courir à cause de mon genou. Le but est de prendre du plaisir avec le paysage qui s’annonce magnifique et de finir cette course en essayant de ne pas ruiner la suite des vacances… Si je reste sincère, j’aimerai bien quand même essayé de courir depuis le temps que j’attends cette course !

Madeira Island Ultra Trail (85km-4475mD+)

L’ambianceur madérien est survolté avant le départ, j’essaie de ne pas me laisser submerger par les émotions et part en marchant tranquillement avant de me mettre à trottiner pour tester mon genou. D’habitude je pars assez vite, mais là, je dois avoir une petite centaines de coureurs devant moi. Mon genou me laisse tranquille, j’ai juste une petite gêne et à l’aide des bâtons  je commence à doubler malgré une faible allure.

Je passe le premier ravitaillement au bout de 40 minutes sans m’arrêter et décide encore d’accélérer en me faisant plaisir dans une des descentes d’autant plus qu’un coureur français du 110km m’annonce que je suis très bien classé. La météo est clémente, on sent l’humidité mais il ne pleut pas et il fait très doux. 

Madeira Island Ultra Trail (85km-4475mD+)
Madeira Island Ultra Trail (85km-4475mD+)

Je double des coureurs du 110km en grimpant jusqu’au CP2 à Encuameada (km 13.8, 710mD+ ) sur lequel je rempli juste mes gourdes. J’ai emporté de quoi manger : pâtes de fruits et biscuits toutes les 30 minutes environ par petites portions. Nous passons par des montées hallucinantes avec des escaliers. Cette portion est déjà raide mais elle ne me laisse pas trop de traces encore avant d’attaquer le « gros morceau de la course ». Mon genou commence à me titiller plus sérieusement. J’arrive au CP3, Curral das Freiras (Km29 2086mD+), au bout de 3h45 d’effort. J’ai faim. Sans blessure et dans mes rêves les plus fous j’avais prévu 15h-15h30 de course pour un top 50 et… on m’annonce un top 20 ! Du coup, je prends quelques cacahuètes rapidement sur une table, 2 verres d’eau gazeuse, 2 morceaux de barres (délicieuses !) et repart euphorisé par ce classement et mes sensations mais avec une très mauvaise décision : contrairement à ce que j’avais prévu, je fais l’impasse sur le plat chaud prévu ici sur cette base de vie du 110km. Je me dis qu’avec ma boisson et ce que j’ai dans le sac ça ira jusqu’au prochain ravitaillement !

Je double encore un coureur français avant la grosse montée (1000mD+ sur 7-8km) qui en voyant mon allure me dit d’en garder sous le pieds. Je me sens bien. Je n’écoute ni mon camarade ni mon genou. J’espère ne pas trop descendre dans le classement et bêtement prévoit de marcher lentement le plus tard possible quand mon genou sera devenu trop douloureux.

Quelques pauses photos sur le parcours avant de rentrer dans le dur...
Quelques pauses photos sur le parcours avant de rentrer dans le dur...
Quelques pauses photos sur le parcours avant de rentrer dans le dur...
Quelques pauses photos sur le parcours avant de rentrer dans le dur...
Quelques pauses photos sur le parcours avant de rentrer dans le dur...
Quelques pauses photos sur le parcours avant de rentrer dans le dur...
Quelques pauses photos sur le parcours avant de rentrer dans le dur...
Quelques pauses photos sur le parcours avant de rentrer dans le dur...

Quelques pauses photos sur le parcours avant de rentrer dans le dur…

Je commence à avoir chaud dans cette montée pour rejoindre le refuge de Pico Ruivo (1740m). Le soleil est bien présent et la température commence à grimper, nous passons de l’ombre fraiche des forêts à des zones moins vertes et plus minérales. Je serre les dents, je supporte mal les différences de température surtout au delà de 4-5h d’effort. J’essaie de bien m’hydrater, de manger régulièrement mais j’essaie également de garder un bon rythme, un rythme trop rapide. Je n’arrive pas à calmer ma fringale et je commence à être un peu écoeuré.
Je mets un peu plus de 2h30 pour rejoindre le refuge. Je m’installe sur une chaise que me propose un bénévole, avec des sensations que je connais trop bien, quand je débranche mon cerveau pour essayer d’aller vite. J’ai la tête qui tourne, des fourmillements sur les lèvres. Il n’y a pas de plat complet sur ce ravitaillement. Je remplis à nouveau mes gourdes en diluant ma boisson énergétique, picore comme je peux un morceau de barre de céréales, de banane et du fromage. Je commence à cogiter et à avoir du mal à mâcher…Purée ! Pourquoi je n’ai pas pris un vrai plat au dernier ravitaillement en me pausant 15-20 minutes ! Je ne traine pas trop, je suis encore dans le top 20 en direction du Pico do Areeiro. Un vrai chemin de croix.

Madeira Island Ultra Trail (85km-4475mD+)

Rapidement je manque de force pour avancer, un vrai calvère même en marchant tranquillement avec les bâtons, je n’arrive plus à avancer. Je ne fais plus attention au paysage. Je regarde mes pieds, ce passage est très technique et étroit avec de nombreux escaliers. Je commence à me faire rattrapper et la première féminine, Magali Gigon, me dépasse dans un escalier en me demandant avec autorité de ne pas flancher. J‘essaie de relancer la machine derrière elle mais j‘ai très chaud, je m’hydrate régulièrement en petite quantitié car ma boisson a du mal à passer. Nous sommes 3, je ferme la marche. Magali nous éclaire devant dans les tunnels avec sa frontale. Quelques randonneurs en sens inverse, voyant avec les dossards que nous sommes français nous applaudissent encore plus chaudement.
Après tout il n’y a que 5-6km (450mD+ quand même Loïc…), je peux tenir bon et m’arrêter un peu plus longtemps à la base de vie ! mais je commence à lâcher sérieusement…

Photos prises entre le CP4 et CP5 lors d
Photos prises entre le CP4 et CP5 lors d
Photos prises entre le CP4 et CP5 lors d
Photos prises entre le CP4 et CP5 lors d
Photos prises entre le CP4 et CP5 lors d
Photos prises entre le CP4 et CP5 lors d
Photos prises entre le CP4 et CP5 lors d
Photos prises entre le CP4 et CP5 lors d

Photos prises entre le CP4 et CP5 lors d’une randonnée la semaine suivante

La base de vie arrive comme une délivrance, je vais pouvoir faire une longue pause. je commence à avoir des crampes aux cuisses en prenant mon sac d’allègement. Le genou me lance un peu également. Je change de T-Shirt, de chaussettes et prends un bol de riz et de l’eau gazeuse que je n’arrive pas à avaler. Je décide de m’allonger sur un tapis en attendant de pouvoir bien me réhydrater et manger car il reste encore 40km à faire même si le plus gros du dénivelé est fait.

Je m’endors rapidement sous une couverture donnée gentiment par une infirmière. J’ai bien eu un gros coup de chaud et une hypoglycémie, je tremble et j’ai froid. Je ne m’attendais pas à cela avec la météo de la veille. Je me lève 50 minutes plus tard pour vomir l’eau que j’avais bue sur cette dernière portion. Je dois être déshydraté. Je me recouche en pensant que ce n’est pas possible de reprendre la course dans cet état et surtout pas en y prenant du plaisir ! J’envoie un sms à Claire pour la prévenir de ma longue pause. Je me rendors 30-40 minutes et me réveille légèrement requinqué. Je prends 2 biscuits fourrés « plaisirs » et ma boisson chocolatée délactosée que j’avais prévus dans le sac d’allègement. Ce petit goûter me cale un peu. L’état des tables de ravitaillement n’est plus le même que quand je suis arrivé. Un troupeau de coureurs est passé par là !

Je repars en marchant même sur le plat pour ne pas fragiliser ma digestion et parce que je suis bien affaibli aussi. Mon mental n’est pas au beau fixe, j’ai rebranché mon cerveau, je suis déçu d’avoir perdu autant de places…J’avais dit que je finirai même en marchant toute la course… mais voilà… j’ai quand même un esprit de compétition et j’étais bien parti !

Madeira Island Ultra Trail (85km-4475mD+)

J’arrive au CP6, Ribeiro Frio, en n’ayant pris aucun plaisir sur la longue dernière descente. Je fais la connaissance d’un autre français, près à abandonner car très entamé également. On essaie tour à tour pendant 30-40 minutes de se convaincre de ne pas s’arrêter là ou d’abandonner. Les SMS de Claire me galvanisent ainsi que les échanges avec les bénévoles Madériens d’une gentillesse et serviabilité à toute épreuve. Nous repartons finalement ensemble, je commence à pouvoir marcher rapidement devant et me rends compte au ravitaillement suivant que je l’ai laché dans la montée.

Je m’arrête de nouveau assez longtemps au CP7, Poiso (km 58), pour essayer de manger mais rien ne passe et je n’arrive plus à me resucrer avec mes pâtes de fruit que j’affectionne d’habitude. J’ai toujours dans un petit coin de ma tête ce petit diable qui me demande de stopper là les frais car mon genou me lance, j’ai faim, j’ai envie de dormir et j’ai du mal à profiter du paysage sympa. J’ai l’impression de me trainer malgré des efforts pour avancer. Mon camarade me rejoint avec toujours cette interrogation sur un éventuel abandon collectif.

Je repense aux derniers km de l’Infernal Trail et la chance que j’ai d’être là. De plus je ne sais pas pourquoi je me prends la tête alors qu’il doit y avoir plein de coureurs encore derrière et que je suis loin des barrières horaires. C’est juste de la déception très mal placée. Un autre coureur français vient d’arriver et décide d’emmener mon camarade avec lui une fois bien ravitaillés. Je décide de partir seul avant eux pour ne pas avoir la tête polluée par d’autres idées noires à ce moment là. Je regarde mes sms, envoie un message à Claire pour lui dire que c’est reparti avec un bon coup de pieds virtuel dans le derrière…c’est fou ce que des textos sur un téléphone peuvent devenir important dans certaines situations !

Le profil est désormais descendant, même sans force cela devrait passer…une longue randonnée m’attend, la nuit commence à tomber avec sa fraicheur, je reprends confiance en mes capacités même si je ne suis plus capable de manger.

De souvenir je passe Portela et donc le CP8 (Km 67) plus rapidement qu’au dernier ravitaillement. Les cuisses me laissent tranquille mais je fais attention à mon genou. Je continue à marcher sans les bâtons qui m’handicapent sur certaines portions.
La nuit est bien installée, ma frontale devient faiblarde malgré une batterie normalement chargée. Je décide de rester derrière un groupe de coureurs et recommence à prendre du plaisir en les écoutant discuter en portugais et en anglais. Dommage qu’il fasse nuit, car parfois le chemin est bien stable en balcon au bord de la falaise avec le bruit des vagues en bas et le cris particuliers des Pétrels s’il sagit bien de ses oiseaux. Cette partie semble magnifique, elle est roulante mais je marche toujours avec quelques essais pour trottiner. Il y a quelques sections en descente avec des rochers glissants où je fais la différence avec certains coureurs. Je remercie pour cela les 25 bosses de la forêt de Fontainebleau !
J’ai encore du mal à avaler du solide, je m’arrête que très peu de temps au CP9 à Larano (km 72) et je commence cette fois à bien courir. 

Je fais connaissance avec un breton que je rattrappe, Yoann, avec qui je discute du Ouest Trail Tour. Je reste derrière lui mais je ne veux pas m’arrêter au ravitaillement suivant ; je commence à être bien mais je suis pressé aussi d’en finir d’autant plus que je n’arrive toujours pas à manger. Je regagne une 10aine de place sur cette fin de course. Nous rejoignons Machico le long d’une levada en hauteur qui laisse place ensuite à une longue descente où mon genou commencera à être vraiment très douloureux.

Les lumières de la ville me motivent à aller plus vite. Un grand sourire niais s’affiche sur mon visage (pourvu qu’on ne me voit pas !), Claire, qui a l’air en forme m’accompagne en courant derrière les barrières vers l’arche d’arrivée.  

Bilan : 17h06, 111ième…loin…très loin de la barrière horaire…1h30 après le temps souhaité sans blessure, en ayant dormi pratiquement ce temps là et avec une très mauvaise gestion de course. Je vais beaucoup mieux qu’à mi parcours mais je n’arrive toujours pas à manger à l’arrivée, seuls les fantas prévus par Claire pour l’après-course me requinqueront, elle commence a bien me connaitre !
Elle a fini son « marathon » en 6h25 (165/526), en ayant porté assistance à un coureur, courbaturée mais contente d’avoir fini pas trop déconfite et d’avoir « résistée » à ces descentes sur lesquelles elle n’est pas vraiment à l’aise.

Madeira Island Ultra Trail (85km-4475mD+)

J’ai parlé de frustration au début de ce récit mais au final je suis satisfait d’avoir fini ! 
Je n’ai pas retenu certaines leçons sur Ultra, et je vais encore trop vite en début de course. Il y a un fossé énorme entre un 50km en plaine et un Ultra typé montagne… Je me promets intérieurement de me programmer de longues séances de marche rapide pour le mental dans le massif des 3 pignons. Maintenant place à une semaine de randonnées sur cette île subtropicale magnifique et repos 3-4 semaines pour ma tendinite avant de reprendre tranquillement l’entrainement. Le Raid du Queyras est prévu fin juin très certainement en mode pacer car je ne serai pas au top après la coupure, puis l’Echappée Belle fin aout.

2 commentaires sur “Madeira Island Ultra Trail (85km-4475mD+)”

  1. C’est bien Loïc tu ne vieillis pas : toujours aussi fou-fou 🙂
    Bravo pour en être venu à bout, les paysages sont superbes !

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