L’échappée Belle 2017

Un bon mois s’est écoulé depuis cette aventure en Belledonne. Je suis enfin redescendu sur terre, car mon cerveau était encore resté débranché quelque part entre Vizille et Aiguebelle. J’ai des images, des sensations plein la tête même si tout est dans le désordre…comme ce compte rendu.
C’était ma deuxième participation, mais en 2016, je n’ai pu passé la barrière horaire de la première base de vie à cause de vomissements en début de course.
Cette année j’ai profité du parcours, savouré chaque instant passé avec une assistance de choc et surtout toutes ces heures passées avec mon partenaire de course, Nico de la Team Ap’heros.  Il nous aura fallu parcourir en duo le massif de Belledonne un peu plus de 48h pour boucler cet ultra de 144km et 11100m de dénivelé positif. Notre moyenne assez basse de 3km/h est justifié par un parcours dantesque par sa technicité alors que notre classement est très correct : 153 et 154 sur 247 arrivants avec un taux d’abandon de 50%.
« Gestion, gestion et encore gestion », ses mots répétés par le speaker au départ nous ont permis de rallier l’arrivée ce dimanche 27 août à 6h28. J’ai beaucoup appris en compagnie de Nico et enfin compris comment aborder un ultra de montagne en ce qui me concerne.

 

Crédit Philippe Bellard

 

 


Carte du parcours

 

Le départ est donné le vendredi 25/08 à 6h00 après un petit déjeuner offert par l’organisation. J’ai peu dormi, excité de partir pour Vizille avec Nicolas mon binôme pour cet ultra et reprendre notre revanche par rapport à l’année précédente. 1er objectif : finir… et si possible en moins de 50h pour moi, objectif beaucoup plus raisonnable qu’en 2016 et qui signifie surtout essentiellement de la marche sur ces 144km.
Nous ne sommes pas toujours restés ensemble avec Nico sur ce périple, mais j’avais tellement peur de partir trop vite que je l’ai collé une trentaine de km au début.
Nous montons tranquillement au premier ravitaillement en discutant de la gestion de course mais aussi de la Diagonale des fous, Nico étant finisher en 2015.  Je perds en route ma frontale après l’avoir rangé dans la poche arrière de mon T Shirt Waa. Heureusement peu de temps après m’en être aperçu un spectateur qui arrive en sens inverse nous demande si un coureur a perdu sa lampe en bas de la montée. Ouf !
Au foyer d’Arselle (8h42), nous avons le plaisir de voir mon pote Fanfan et mon filleul Axel avec la banderolle « Team Ap’heros », une surprise qui fait chaud au coeur car je ne les attendais pas avant l’Habert D’Aiguebelle le vendredi soir. Nous repartons galvaniser mais prudamment en alternant marche et course lente. Nous croisons peu après Pierre pour un petit passage video dans un Teaser de l’Echappée Belle (passage à 20sec).

 

Les paysages sont magnifiques mais il y a vraiment de la « caillasse » partout, surtout après le refuge de la Pra où nous prenons le temps de discuter avec d’autres coureurs et nous ravitailler, copieusement pour ma part, en faisant des petits sandwichs au fromage. Ce sera comme ça à chaque ravitaillement avec des crêpes à la confiture que j’avais emmenées. Je n’ai jamais autant mangé sur une course !
Je laisse ensuite mon compagnon car mes jambes demandent à avancer plus vite vers la Croix de Belledonne et même à courir un peu dans la longue descente que j’essaie de gérer au mieux, en évitant de gaspiller de l’énergie bêtement comme l’année précédente. Finalement en partant moins vite, j’arrive plus tôt qu’en 2016 à l’Habert D’Aiguebelle accueilli par une bonne partie de la Team Ap’Heros. J’attends Nico qui arrivent peu de temps après moi finalement. La Team nous assiste et nous encourage, ces visages souriants nous font vraiment du bien. Nous prendrons ici un peu de temps pour nous reposer, bien boire après une chaude journée en vidant bouteilles de thé glacé et Orangina que l’assistance nous apportera régulièrement sur les lieux autorisés. Fanfan a même pensé à une bonne salade de fruit que j’avale goulûment. Je conseille vraiment une assistance à cet endroit. Il y a de nombreux abandons et il s’agit d’un ravitaillement « express » un peu moins fourni que les autres.
Je repars ensuite avec Nico, mais malheureusement une grosse fatigue s’installe et je fais un malaise pendant la nuit qui ne dure pas longtemps. Nous sommes environ à 15h d’effort mais je ne comprends toute de même pas cet incident car j’ai bien mangé.  Je suis peut-être sur-hydraté en voulant optimiser ma gestion de course. Nico m’oblige ensuite à m’allonger dans un petit refuge pour dormir 30 minutes et file vers la base de vie encore située à quelques heures de marche. Cette mini sieste me requinque, car aussitôt levé, je pars à la chasse derrière mon binôme en alternant marche et course.
Arrivé au Pleynet après 19h de course, en étant chaudement accueilli par Axel et les enfants de Nico, je me permets de prendre une bonne douche, de me changer pendant que mon compagnon dors sur un matelas improvisé par son épouse et Fanfan. Je pars ensuite au pas de course dans le réfectoire pour avaler un bon plat de pâtes puis revenir me coucher. Impossible de dormir cette fois, je suis trop excité et pressé de repartir. Finalement c’est Axel qui s’endormira, exténué à 2h du matin. Nous repartons à 2 h de la barrière horaire, en prenant notre temps, alors que j’avais 1h de retard l’année précédente. Gestion, gestion et gestion ! 

Je lâche Nico au lever du jour, pour m’amuser dans la descente qui mène au Gleysin dans une bergerie (6ième ravitaillement) où je retrouve à nouveau Fanfan et Axel. Ils me demandent d’attendre Nico qui ne tarde pas à arriver mais j’en ai un peu marre de marcher, même rapidement, à ce moment là et préfère courir lentement quitte à attendre mon compère plus loin. Je mets 3h pour atteindre le col Moretan en papotant avec les coureurs que je double régulièrement ou en encourageant ceux qui partaient du Pleynet pour faire le 85km. En regardant la descente du col Moretan, j’ai une pensée pour Claire partie aussi sur cette distance mais qui je pense ne s’attend pas à une telle technicité sur ce tronçon. Il difficile en effet de garder l’équilibre même avec la corde. Je n’ai qu’une envie à ce moment-là, c’est qu’elle nous rattrape avant l’arrivée pour finir à 3 !
Je descends calmement, je ne prends pas de risque contrairement à certains coureurs du 85km mais continue à gagner encore quelques places. Je me pose au ravitaillement à Périoule, mange et bois tranquillement assis à l’ombre de la tente car il commence à faire vraiment chaud. En repartant, je rencontre Stéphane de la Team venu faire une sortie off et encourager Nico jusqu’à Super Collet, la deuxième base de vie. Après le refuge de la Pierre du Carré, je me fais encore plaisir dans la descente menant à cette deuxième base de vie ou je revois la Team un peu avant 15h et la famille Coudreuse au complet qui me fait le plein en boisson et en crêpes (un grand merci Anne !). J’en profite pour aller voir les podologues et prendre un peu de crème pour les pieds car je commence sérieusement à avoir des rougeurs à cause des chemins très accidentés. J’ai encore une pensée pour Claire à ce moment-là qui ne doit pas être trop loin derrière et les copains du club de Brunoy qui se sont lancés à 10h de cette base de vie pour le 47km. Je repars avec Nico et Stéphane en discutant et un peu plus loin, dans la montée, une partie de la Team nous fait la surprise d’être présente en « martelant » nos noms ! Ils mettent vraiment l’ambiance sur les ravitaillements ! Ces zigotos ont pris le télésiège discrètement en se faisant réprimander à cause de la banderole… mais ça valait le coup pour la surprise et pour la vague d’émotion qui m’a envahi.
L’autre surprise, ce fut les tranches de pizza maison made in Team Ap’Heros apporté par un copain à Nico au refuge Ferice.
Nous avons, sur cette portion, fait pas mal fait le yoyo avec d’autres traileurs, ce fut encore des occasions de bavardage. D’ailleurs ce qui est appréciable en courant avec un gars du coin qui connait Belledonne, c’est qu’il vous sert de Roadbook ambulant avec les anecdotes en plus ! Le temps est passé assez vite avec Nico finalement…pour moi et d’autres qui se sont accrochés au wagon. Et si Nico n’était pas là, nous aurions, de plus,  loupé quelques bouquetins tout proche. Difficile de lever les yeux avec ces cailloux !

Notre arrivée à Val Pelouse se fait au son de la techno avec une enceinte portable apportée par d’autres membres de la team venus en renfort marcher jusqu’au ravitaillement. C’est très sympa mais nous calmons le jeu avec Nico car à 22h30 on imagine bien certains coureurs en train de dormir. Nous profitons des amis filons vers le Pontet en gagnant doucement 35 places et nous arrêtant plusieurs fois pour dormir, assis contre un arbre au bord du chemin ou à côté d’un feu de camp allumé par des bénévoles. Nico a besoin de se reposer mais est déterminé. Je préfère rester avec lui pour être finisher avec mon compagnon d’aventure, pour notre assistance commune et parce que par rapport à la veille, il grimpe très vite dans les montées, j’ai même du mal à le suivre en marchant, obligé de relancer en courant 2-3 pas parfois. Des belges s’accrochent à notre train avec Nico, la locomotive en tête, qui fait le guide local également en leur expliquant le parcours final.
La dernière descente avant le Pontet semble interminable, nous avons hâte d’apercevoir les lumières de ce dernier ravitaillement, nous cherchons un peu notre chemin à un moment, doutant de la direction à prendre puis repartons sur le bon chemin à bonne allure, pressés d’en finir.

Fanfan nous accueille en silence à 3h30 du matin ce dimanche, il semble bien entamé mais est content de nous voir tous les 2. Il m’informe que Claire est rentrée en voiture avec Pierre Olivier (un grand merci pour elle !), blessée au genou. François me rassure sur son état. Elle dort dans une yourte. Je lui demande de ne pas la réveiller car avec Nico, nous sommes pressés de finir, il reste seulement 13km, nous serons finishers ce qui nous galvanise un peu malgré la fatigue. Ces derniers kilomètres paraissent vraiment long, je ne ressens ni la fatigue, ni les douleurs musculaires, j’ai par contre vraiment mal aux pieds, je suis pressé d’en finir même si Nico me dit qu’il ne faut pas finir en dessous de 48h ! Sur le moment je ne comprends pas pourquoi : pour finir avec tout le monde ou peut être une superstition ?
Sur la dernière portion de route pour rejoindre Aiguebelle, nous relançons notre course en accélérant et en gagnant encore 30 places au classement. Nous arrivons enfin sur le plat où nous attendent les enfants, Stéphane et Claire que j’embrasse et qui me fait le plaisir de courir malgré sa douleur au genou.
Je ne sais pas comment décrire cette sensation d’être accompagné, porté par les amis, les enfants super excités, heureux de nous accompagner jusqu’à la ligne. On a l’impression d’être des héros dans la dernière ligne droite puis après avoir sonné la cloche vers 6h30 ce dimanche 27/08, l’émotion redescend, pas tout à fait conscient de ce que l’on vient de réaliser. Voilà, c’est fait ! Nous sommes finishers de l’Echappée Belle 2017 sur un parcours très technique et engagé.

Merci à tous pour les encouragements, à ma puce, les copains de la Team Ap’héros, de l’ABC trail, du MCA, la famille Coudreuse, Axel et mon pote François, le roi de l’assistance, le seul à prévoir un cassoulet à l’arrache sur la ligne d’arrivée d’un ultra..merci à tous et merci à mon binôme Nico pour m’avoir permis de rejoindre agréablement la ligne d’arrivée sans trop souffrir 😉

Crédit Philippe Bellard
Crédit Philippe Bellard

Parfois, il n’y a pas besoin de grands discours pour partager l’émotion d’arrivée… des sourires, des accolades, des larmes que nous essayons de contenir… c’est ce qui transpire des photos…

 


Film officiel de l’Echappée Belle 2017

Bravo aux bénévoles, au petits soins pour les traileurs !

Maintenant…en route vers le Grand Raid de la Réunion !

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